Les Portugais dans la Grande Guerre

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Proclamée suite à la révolution de 1910, la jeune République portugaise garantit dès août 1914 à la Grande-Bretagne son soutien matériel et humain. Pourtant officiellement neutre, le gouvernement portugais justifie cette position belligérante en faisant référence à un vieil accord d’alliance entre les deux pays renouvelé en 1912. En s’engageant aux côtés de la Grande-Bretagne, il cherche ainsi à garantir l’intégrité des ses colonies africaines, l’Angola et le Mozambique, au sujet desquelles des accords secrets de partage auraient été conclus dès 1898 entre son allié britannique et l’Allemagne.

Par ailleurs, le Portugal cherche également à marquer par sa participation à la Grande Guerre son entrée dans le concert des nations européennes. Cette intervention sur la scène internationale est perçue comme le moyen de conforter l’unité nationale et de renforcer la légitimité du régime républicain, mis à mal par les mouvements monarchistes et par les  graves difficultés économiques que connaît alors le pays.

L’Etat-Major britannique se contente dans un premier de la seule aide matérielle du Portugal. Il demeure très sceptique sur la plus-value que peut représenter pour les forces alliées l’engagement de la jeune république portugaise. Les problèmes logistiques croissants des Alliés amène cependant la Grande-Bretagne à demander en décembre 1915 la réquisition de tous les navires allemands mouillant dans les ports portugais. Ce sera chose faite le 24 février 1916. Consécutivement, l’Allemagne déclare la guerre au Portugal le 9 mars.

La France ayant réussi à convaincre son allié britannique d’accepter un renfort portugais, un Corps Expéditionnaire Portugais (CEP) est constitué et envoyé à l’instruction. Le CEP, sous le commandement du général Tamagnini, débarque à Brest en février 1917 et est stationné à Aire-sur-la-Lys, dans le Pas-de-Calais. Il est alors rattaché au 11ème corps de la 1ère armée britannique du général Horne.  En octobre 1917, le CEP comptera jusqu’à 56.500 hommes.

En novembre 1917, le général Horne confie au CEP la responsabilité de la défense d’un front de 11 kilomètres dans les Flandres françaises, s’étirant de Laventie à Festubert. Le quartier général portugais est établi à Saint-Venant. La zone à défendre, une plaine entre la Lys et le Canal de La Bassée, est très humide et donc boueuse. Rapidement, le moral des troupes portugaises se dégrade. Les soldats ont d’énormes difficultés à s’adapter aux conditions climatiques particulièrement difficiles de l’hiver 1917-1918. En décembre 1917, le gouvernement portugais est renversé par un coup d’état qui amène au pouvoir Sidonio Pais. Remettant en cause l’engagement du Portugal auprès des Alliés, le nouveau gouvernement  établit un système de permission beaucoup moins strict autorisant le prolongement des séjours au pays. Le CEP est donc très vite confronté à un manque d’officiers pour encadrer ses troupes. Par ailleurs, suite à l’entrée en guerre des Etats-Unis en avril 1917, la Grande-Bretagne consacre toute sa flotte au transport de soldats américains, ce qui rend impossible l’acheminement de nouvelles troupes portugaises pour compléter et conforter les effectifs stationnés en Flandres. Les cas d’insubordination se multiplient dans les rangs du CEP.

Quand la bataille de la Lys éclate le 9 avril 1918, les deux divisions du CEP, incomplètes et mal encadrées, doivent affronter sur leur secteur près de dix divisions allemandes en trois lignes successives. Malgré quelques points de résistance, les soldats portugais sont balayés par l’offensive allemande « Georgette ». Le 13 avril, les unités portugaises sont envoyées en soutien de la 14ème et de la 16ème divisions britanniques entre Lillers et Steenbecque. Elles sont alors regroupées en une seule division et participent à l’offensive alliée de l'été 1918. Quand le cessez-le-feu est ordonné le 11 novembre 1918, les Portugais ont atteint l’Escaut et sont entrés en Belgique.

Sur près 56.500 hommes mobilisés, le Portugal doit déplorer en 1918 environ 2.100 morts, 5.200 blessés et 7.000 prisonniers.

Le cimetière militaire portugais de Richebourg regroupe les corps de 1.831 soldats tombés notamment lors de la bataille de la Lys. Il demeure le symbole de l’engagement du Portugal dans la Première Guerre mondiale.

Edouard ROOSE

Images d'archives