Sommaire

Les étapes associées

Pascal Mor
Le Touret Cemetery and Memorial - Richebourg

Mots Clés

- 1914 - Indiens - Neuve-Chapelle

La bataille de Givenchy-les-La Bassée (18 au 22 décembre 1914)

ImprimerTwitterFacebookGoogle+

Les Français, en difficulté devant Arras, demandent aux Britanniques de lancer une offensive afin de fixer les troupes allemandes plus au nord. Cette demande intervient après une série d’attaques anglaises au sud d’Ypres, toutes repoussées avec de lourdes pertes. Le scénario est toujours le même : des assauts frontaux de l’infanterie, après un bref bombardement, incapable d’endommager suffisamment les lignes de barbelés, les tranchées et les nids de mitrailleuses ennemies. De fait, les réserves de munitions sont au plus bas et quarante coups seulement par pièce ont été alloués, pour l’essentiel des schrapnels, dont l’effet est limité sur des positions fortifiées.

Six attaques simultanées, à faible échelle, ont été programmées par le général French. L’effort principal est demandé au Corps indien, déjà fortement éprouvé depuis son arrivée en Flandres, quelques semaines plus tôt. Les troupes indiennes ont, en effet, subi de lourdes pertes lors de la défense d’Ypres et lors d’une série d’attaques entre la frontière belge et le canal de La Bassée. Un grand nombre des survivants sont épuisés et fortement affectés par les terribles conditions hivernales qui règnent dans les tranchées en Flandres, pour la plupart inondées ; les vêtements chauds font défaut et la nourriture est insuffisante.

L’attaque commence le 19 décembre, à 3h10, par un temps glacial et pluvieux, entre le carrefour de La Bombe, près de Neuve-Chapelle, et le canal de La Bassée. S’élançant depuis le village de Givenchy-les-La Bassée, la division de Lahore parvient à s’emparer des deux premières lignes allemandes, malgré un tir nourri de mitrailleuses. Plus au nord, la brigade de Gharwal et les Ghurkas prennent 300 mètres de la ligne allemande devant Festubert. Mais l’ennemi s’est rapidement repris et lance des contre-attaques dans la matinée, appuyé par l’artillerie et utilisant massivement des grenades à main, armes dont les Britanniques ne disposent alors pratiquement pas. À l’aube du 20 décembre, l’artillerie allemande pilonne les troupes indiennes ; dans la matinée, une série de mines explose sous les lignes britanniques, provoquant de nombreuses victimes. L’infanterie allemande progresse devant Festubert et est sur le point d’encercler Givenchy ; plus de 800 soldats britanniques sont capturés. Devant la menace, des renforts sont amenés en autobus afin de relever le Corps indien, disloqué.

Les pertes britanniques sont élevées, notamment parmi les unités indiennes. Outre les balles et les obus allemands, beaucoup de blessés sont victimes d’engelures et du « pied de tranchée ».

Menées sans objectif clair, avec des moyens insuffisants, les attaques britanniques de décembre 1914 en Flandre française ont abouti à de lourdes pertes (4 000 contre 2 000 pour les Allemands), sans le moindre gain tactique. Les troupes indiennes sont particulièrement touchées et, devant des signes croissants de refus de combattre dans des conditions pour lesquelles elles n’étaient pas préparées, l’état-major décide de les retirer progressivement du front ouest dans les mois suivants.

La nécessité d’enterrer les nombreux cadavres de camarades, tombés dans le no man’s land ou morts dans les cratères d’obus inondés, est l’une des raisons essentielles de la trêve qui se produit peu après, à Noël, dans ce secteur du front.


Yves LE MANER
Directeur de La Coupole,
Centre d'Histoire et de Mémoire du Nord–Pas-de-Calais