Les étapes associées

Samuel Dhote
Arras Flying Services Memorial and Arras Memorial

Mots Clés

- aviation - Neuve-Chapelle - Somme

La reconnaissance aérienne

ImprimerTwitterFacebookGoogle+

La photographie aérienne joue, entre 1914 et 1918, un rôle considérable dans un conflit dominé par l’artillerie : pour que celle-ci soit efficace, il faut connaître, avec la plus grande précision possible, le dispositif ennemi.

Très peu d’officiers généraux avaient mesuré, au début de la guerre, l’utilité des avions d’observation. Or, la guerre de positions donne immédiatement un rôle prédominant à l’artillerie, qui ne cesse de se renforcer en puissance de feu. Dès lors, la cartographie des positions adverses devient une démarche essentielle pour assurer la précision du tir alors que, parallèlement, les canons eux-mêmes progressent en précision et en cadence de tir et, qu’en outre, les obus permettent des portées et des déflagrations supérieures.

Dans les premières semaines de la guerre, les Allemands disposent de ballons d’observation qui leur confèrent un avantage tactique lors des engagements initiaux. En revanche, Français et Britanniques  bénéficient des informations fournies par leurs premiers avions de reconnaissance. Ainsi, l’observation des mouvements allemands permet à la BEF d’éviter la catastrophe lors de la bataille de Mons, le 22 août 1914. Surtout, c’est le constat effectué par les avions français, le 3 septembre, de la déviation du trajet des armées de von Klück vers Paris qui contribue, de façon décisive, à décider de la contre-attaque de la Marne. Cependant, à l’origine, les observations sont purement visuelles ; c’est le 15 septembre 1914 que les Britanniques prennent la première photographie aérienne du conflit, au-dessus des lignes allemandes.

Avec la guerre de tranchées, la nécessité d’une reconnaissance aérienne à grande échelle, confiée à des unités spécialisées, dotées d’appareils de prise de vue spécifiques, s’impose rapidement, en 1915. En effet, les commandements ont pris conscience de la nécessité de disposer d’éléments fiables et évolutifs sur le dispositif ennemi, afin de dresser des cartes de tranchées précises, au 1/10 000e. Inaugurée à Neuve-Chapelle à la mi-1915 du côté britannique, la couverture aérienne à visée cartographique explose au cours de l’année 1916, notamment  lors des préparatifs de la bataille de la Somme. Dans la seconde partie du conflit, les belligérants sont en mesure de réaliser des couvertures photographiques quotidiennes de l’ensemble du front, en période de beau temps.

L’importance de cette nouvelle méthode d’observation débouche sur la notion de contrôle de l’espace aérien : ainsi, la chasse naît de la reconnaissance aérienne, afin d’éliminer les appareils adverses ou de protéger les siens au-dessus des lignes ennemies.

La couverture photographique stéréoscopique permet de dresser des cartes du front d’une très grande précision, qui guident l’artillerie  dans ses frappes. Les agrandissements permettent de repérer jusqu’au plus petit détail, de même que la vision stéréoscopique détecte le moindre relief. Parallèlement à l’amélioration des prises de vue, c’est l’émergence d’une nouvelle discipline, l’interprétation photographique, qui permet des progrès spectaculaires.

En 1918, l’armée française prend et tire des dizaines de milliers de photos aériennes chaque jour.

Yves LE MANER
Directeur de La Coupole,
Centre d'Histoire et de Mémoire du Nord–Pas-de-Calais